A l’ouest de Pluton ✶✶✶
Banlieue de Québec, une journée d’automne comme les autres. Les jeunes vont à l’école, font des exposés sur leurs passions variées (le skate, Pluton, le beurre de cacahuète). Et le soir ? Une soirée s’improvise : on se parle, on fume, on boit, on se drague comme on peut. Pour le spectateur, c’est une retombée dans l’adolescence, la vraie, celle de nos 16 ans. Et ça sonne juste, presque comme du documentaire. Ces ados ne sont pas les complets abrutis assaillis d’hormones que les comédies américaines nous servent parfois. Ici, les jeunes savent être drôles, parfois malgré eux. Quand il s’agit par exemple de trouver le nom de leur groupe de rock (« Colonel Moutarde » ou « The President Killer » ?). Ils sont aussi engagés : capables de se disputer sur l’avenir du français au Québec ou se fâcher sur la pollution avec une bruyante énergie. Mais ils « sonnent » également vrai car ils sont lâches, parfois cruels, blessants. Dans ces ruelles aux maisons alignées, ils ne sont pas complètement désœuvrés, mais s’ennuient parfois et s’occupent avec les moyens du bord. Quitte à se faire (du) mal, parfois en toute connaissance de cause, c’est alors la baston en bord de route. Ils sont maladroits, et ne se rendent pas toujours compte du poids des mots et des actes. Ils encaissent les coups durs en silence, et on est bouleversé par le regard mi-triste, mi-inquiet de Kim, alors qu’elle perd sa virginité dans des circonstances bien moins romantiques que prévu. Là est la force du film : loin des caricatures, la jeunesse n’est ni parfaite, ni bonne à rien. Elle est drôle et malheureuse, à la fois pleine de vie et léthargique. Chacun cherche sa place, veut s’affirmer, rester fidèle à ses idéaux naissants, être différent tout en restant dans le groupe. Un équilibre difficile à trouver, une quête que le film sait nous faire revivre.